Dernier jour de jungle

Nuit agitée, peut-être à cause des tarentules, peut-être à cause des oiseaux, peut-être à cause de Fred Vargas. Rêves à la con, réveil tôt. J’ai attendu le dernier moment pour prendre une douche tonique dans le bac en béton. On s’y fait.

Un Indien d'Amazonie montre un piranhaGros plan gueule de piranhaTruc de touristes, pêcher des piranhas avec des bouts de viande comme amorces. Les plus petits sont relâchés. Adriano, le guide ne me laisse pas les décrocher de l’hameçon. Si je glisse, je me fais bouffer le bout du doigt. Au repas de midi, nous serons deux (l’un est allergique, parait-il) sur un piranha et un tiger cat fish (à cause du bruit qu’il fait, beaucoup plus rauque qu’un simple cat fish). Passage par le village d’à côté à la sortie duquel vit une famille de marmousets pygmées, singes au format porte-clefs puis passage par le marché improvisé de conneries à touristes. J’achète des conneries à touristes parce que je suis un touriste. Adriano me confirme, ce ne sont pas les mêmes familles alors j’achète des conneries dans deux stands à conneries différents.

Des enfants sur un carré de tissu vendent à des touristesJe ne cherche pas à marchander, touriste, j’imagine que ces gens n’ont pas trop de revenus. Le prix est trois fois plus élevé qu’à Lima… De retour au lodge, j’attends pour manger mon piranha sur une belle tranche de pain de mie industriel tartiné de margarine industrielle rendue liquide par la chaleur. Pour donner un coup de main, je défais le lit. Je n’aurais pas dû. Tout est pourri d’humidité. Ma lessive n’a jamais voulu sécher, alors je fais comme tout le monde, je la met au soleil.

Jeune Indien blond et sa grand mèreRetour vers Nauta. Le gamin dans le bateau est appelé « El Gringo » à cause de ses cheveux blonds et malgré sa bouille d’Indien d’Amazonie. Je retire ma casquette l’air de dire « tu n’es pas tout seul… ». A Lima, j’ai bien entendu un asiatique se faire appeler « Chino », tout comme Alberto Fujimori était surnommé « El Chino ». C’est pas gagné. En chemin, visite d’une famille qui a adopté lapins, perroquets verts et paresseux. C’est un marsupial doux, pacifique et extrêmement lent: une peluche en vrai et un vrai mystère pour la théorie de l’évolution tant il parait inadapté à son environnement. On remonte à contre-courant, c’est lent. Adriano et son pote s’en donnent à cœur joie aux cartes. On peut estimer la distance qu’il nous reste à naviguer d’après les relais de téléphonie : très hauts, on les voit de loin. En un sens, la téléphonie mobile a désenclavé l’Amazonie.

Jeunes perroquets verts sur un plancherGriffe d'un paresseux sur l'épaule d'un touristeParesseux dans une maison amazonienneDéco interieure, portrait d'Indien, un homme terrasse un anacondaPoupée et accessoiresEnfants jouant sur la berge du fleuve. Contre-jour.Route Nauta-Iquitos dans le plus mauvais taxi du monde. Musique à fond, conduite très personnelle : fonce sur les gens de chaque côté de la route pour klaxonner et dire bonjour. Dire «regarde, j’ai une voiture ». Klaxonne également les filles (chicas) et peut-être même les trous dans la route. Pas de freins, pas d’amortisseurs. En rentrant à Iquitos, à l’hôtel flottant, le fleuve a encore baissé, ce qui fait que l’on peut maintenant atteindre les chambres en traversant le lit à sec. Pas d’eau. Je m’en vais demain.

Terrasse du bar. Dans le fond, le lit du fleuve asséché.Lit asséché, ile, nuit, luneChien dormant sur un ponton

Nauta, Iquitos, le 6 août 2012.

  • Juliette

    « Klaxonne même les trous sur la route »… Tellement vrai !